Hot Shots 2 : Un film réflexif

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C’est à la fin d’une soirée au détour des fichiers .avi qui peuplaient le disque dur de la PS3 d’un ami que se firent mes retrouvailles avec Hot Shots 2, des retrouvailles après tant d’années éloignés l’un de l’autre. Ce film ayant ponctué mon enfance cinématographique entre le Batman de Burton, Toy Story et Cœur de dragon , je me rends compte qu’être geek, c’est déterminé très tôt. Mais passons. Il me restait de ce film le souvenir lointain d’un film plutôt drôle, mais plutôt con. Non soyons francs. Super drôle et super con.

En choisissant de regarder ce film, j’étais tiraillé entre deux émotions distinctes : l’excitation de replonger dans mon enfance avec nostalgie tout en me payant de bonnes tranches de rigolade d’un côté, et de l’autre, l’anxiété de tomber sur un vrai navet, une montagne de conneries potaches et vulgaires que mon raffinement infini me ferait tout de suite désavouer. Et c’est avec grande surprise et un plaisir non dissimulé que j’ai revu ce film. En effet au delà du petit pincement au cœur de retrouver les blagues d’antan qui pouvaient faire rire un enfant de 6 ans, c’est mon œil cinéphile qui a été ravi en revoyant Hot Shots 2 : si son humour est souvent pipi caca, débile et pas finaud, le film n’en est pas pour autant stupide, bien au contraire, et se permet même d’être un film réflexif, un film qui parle de cinéma, du cinéma en tant qu’industrie et en tant qu’art.

Cette idée peut paraître saugrenue. Il est vrai qu’au premier abord, Charlie Sheen qui écrase les testicules d’un thaïlandais devant un colonel qui mange un sandwich au groin de porc semble être aux antipodes d’une quelconque réflexion sur quoi que ce soit. Et pourtant c’est là que tout commence. Tout commence avec le fait que Hot Shots soit une parodie. Une parodie de Rambo bien évidemment, mais aussi de tout un pan du cinéma américain des années 80 : le film de guerre. Et qu’est-ce qu’une parodie ? Une parodie, dans le cas du cinéma, est un film qui reprend les codes d’un genre pour les tourner en dérision dans un but comique. Il s’agit donc fondamentalement de parler de cinéma, d’un certain type de cinéma, lorsque l’on verse dans la parodie, puisque l’on reprend les codes, les mécanismes, les ficelles propres à un genre, pour les faire ressortir, les exposer jusqu’à la caricature et ainsi faire rire. Ce procédé met au jour la recette propre à chaque genre : ici ce sont le héros musclé et viril, la nation américaine en danger, les terroristes islamistes, les décors de jungle, la débauche de violence, qui sont tant d’éléments incontournables du film de guerre exposés par la parodie qui donne en quelque sorte la recette d’un genre, qui dit comment faire un film de guerre.

Et le terrain de la parodie est propice aux excès grâce à la liberté qu’elle offre. Dans ces excès, celui le plus fréquent et le plus intéressant est celui de l’intertextualité avec d’autres films. Puisqu’il s’agit d’une parodie, il est évident que le film fait directement référence à d’autres films, aux films qu’il parodie justement, et la présence de Richard Crenna dans le rôle du colonel, lui qui avait joué le colonel Trautman dans les films Rambo, nous crie au visage l’hommage qu’est Hot Shots 2 à la série. Mais au delà de cette intertextualité évidente, le film n’hésite pas à multiplier les clins d’œils à d’autres films très célèbres : le combat de sabres lasers, Sadam Hussein qui se liquéfie pour se recomposer à la manière du T-1000 de Terminator 2, puis la mort de ce dernier parodiant le Magicien d’Oz… Ces références directes à d’autres œuvres cinématographiques montrent à quel point le film se proclame être ce qu’il est : un film, parmi d’autres, qui s’inspire des autres et vient s’ajouter à eux. Il brise l’illusion du cinéma et s’expose comme objet filmique, fictionnel, qui ne se prend pas au sérieux. Un autre acteur qui vient ajouter de l’intertextualité à sa manière avec Richard Crenna, c’est Rowan Atkinson. C’est assez terrible je l’avoue, mais est-ce que quelqu’un peut raisonnablement voir cet homme sans tout de suite penser à Mister Bean ? Il joue ici le personnage de Dexter Hayman, le mari de la jolie fille qu’on nous a décrit comme étant un grand homme. L’effet comique est garanti quand on découvre son visage car il s’agit en réalité… de Mister Bean. Le personnage est certes drôle en lui-même, mais il aurait pu être muet ou sérieux et être quand même drôle, parce que c’est Mister Bean.

Mais au delà des clins d’œil aux autres films et de Mister Bean, le film a d’autres ressources comiques. Les gags bien entendu, les répliques drôles, les petits détails en arrière que seuls les plus fins remarquent, Hot Shots 2 fonde son humour sur des gags qui exposent les ficelles du cinéma. Au delà des ressorts comiques et réflexifs inhérents à toute parodie, le film réussit non seulement à faire apparaître les codes d’un genre pour être drôle, mais aussi à faire apparaître les procédés cinématographiques pour faire rire. Le gag du grain de beauté détachable qui parcourt tout le film est-il autre chose que l’exposition au yeux du public d’un artifice de cinéma : le maquillage. De même l’hélicoptère qu’on voit atterrir, que l’on prend pour un vrai hélicoptère à cause du montage et qui se révèle être une miniature quand les jambes d’un comédien entrent dans le champ, brise l’illusion du cinéma et montre une des astuces de réalisation qui consiste à utiliser des maquettes.

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« Sergent, ramassez votre jouet, j’ai failli me prendre les pieds dedans! »

Ces procédés, ces trucs de cinéma montrés aux yeux du public font rire en montrant l’absurdité du cinéma en lui même au delà de toute notion de genre. En effet le maquillage et le trucage ne sont pas spécifiques au film de guerre, bien au contraire, et c’est en montrant ces petites ficelles de cinéma que Hot Shots 2 brise l’illusion cinématographique et affirme le film comme objet construit de toutes pièces. Et c’est là que le film se fait profondément réflexif. Durant le « méta-dialogue » entre Topper et Ramada, cette dernière se plaint que « c’était la suite, [elle] devait signer ! », évoquant ainsi la condition d’acteur et le système de production des films hollywoodiens tout en sortant du cadre fictionnel du film, créant un effet comique. Toutes ces transgressions font rire en révélant l’absurde cinématographique : le cinéma est révélé comme étant le fruit d’un processus, d’une construction, d’artifices, mis en place dans le but de créer un objet filmique formaté, pensé pour correspondre à une forme précise.

La plupart des comédies construisent leur humour en créant un univers cohérent dans son absurdité, où les gags aussi fous qu’ils puissent paraître, se fondent parfaitement dans l’univers fictionnel que crée le film. Ce que fait Hot Shots 2, c’est faire rire justement en brisant la fiction, en jetant au visage du spectateur la réalité de ce qu’il regarde. La scène de la limousine est aussi très parlante et satirique : le personnage du chauffeur voyeur qui use de tous les procédés pour regarder la scène de sexe entre Topper et Michelle qui a lieu sur la banquette arrière n’est autre qu’un renvoi du spectateur à sa propre condition. En effet on le voit affublé de lunettes 3D, d’un paquet de pop corn, d’appareils de filmage allant du caméscope à la caméra cinéma.

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« I’m so excited! And I just can’t hide it! I’m about to lose control and I think I like it! » Pointer Sisters – I’m So Excited

Cette scène caricature le spectateur qui est lui même client des images qu’on lui montre au cinéma et cette thématique du spectateur gourmand d’images est d’autant plus problématique lorsqu’il s’agit des films de guerre que parodie Hot Shots. Ces films en effet n’étaient pour la plupart que le prolongement de la propagande pro-militaire américaine, ces films ayant à être validés par le ministère de l’armée et étant souvent soumis à une forte censure. Les images de guerre que réclamaient les spectateurs à cette époque n’étaient donc que des images fabriquées pour servir les idéaux d’une nation guerrière. La comédie apparemment innocente soulève donc des questions fondamentales pour le cinéma : qu’est-ce que le cinéma est en droit de fabriquer comme images et dans quel but ? Est-il bon de mettre les artifices du cinéma au service d’une création souvent adressée aux bas instincts du spectateur ?

Ainsi Hot Shots 2 est à la fois une parodie qui parle du cinéma auquel elle se réfère, mais aussi de l’art cinématographique en tant que tel, rappelant son aspect factice, artificiel et bien souvent formaté pour fournir des images à un public souvent peu critique sur ces dernières et enclin à les accepter pour ce qu’elles sont. Et je suis ravi de voir que même dix ans après, même avec mes yeux d’analyste chiant, j’éprouve toujours du plaisir à regarder ce film pour ce qu’il est, une comédie potache mais éclairée qui dénonce et pense plus qu’elle n’en a l’air, redonnant au genre de la parodie ses lettres de noblesses oubliées et sa dimension critique sur son propre médium.

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